Emploi intérimaire et services à la personne : des sorts contraires pour une même précarité

La crise économique et financière touche indifféremment chacun d’entre nous à des degrés divers. Mais il semble bien qu’elle affecte durement et durablement le travail intérimaire.
D’après le numéro du 18 avril de Premières Informations, publié par la Direction de l’animation de la recherche des études et des statistiques (DARES, ministère du travail, des relations sociales et de la solidarité), “À la fin du quatrième trimestre 2008, 516 700 salariés sont intérimaires, soit 79 500 de moins qu’à la fin du trimestre précédent.” Cet effondrement (-13,3%) aggrave une situation qui se dégradait depuis le deuxième trimestre 2008. Au total, dans l’intérim, un emploi sur cinq a disparu en 2008.

A l’inverse les services à la personne (toutes les activités exercées au bénéfice de particuliers à leur domicile) connaissent une forte progression et la demande potentielle ne faiblit pas : on estime à 6 millions le nombre de ménages français susceptibles d’y faire appel et l’on sait également que le nombre de personnes vivant seules augmente, comme l’espérance de vie, et que les besoins iront donc grandissants.
Déjà, le plan dit “plan Borloo” lancé en 2006 a permis le développement des initiatives et des créations d’entreprises ; le nombre d’organismes agréés “services à la personne” est passé de 5500 à 16000 en trois ans. Le nombre d’heures travaillées a littéralement bondi : 100 millions d’heures en plus. Aujourd’hui, la “phase 2″ du plan est lancée multipliant notamment les secteurs concernés par les services à la personne.

Oui, mais…
“En 2006, un salarié sur deux des services à la personne a travaillé moins de 227 heures et gagné moins de 1 700 euros nets dans l’année, soit seulement 140 euros par mois” indique Alternatives Economiques dans son numéro 280 (mai 2009).
L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) signale de son côté que le chiffre avancé par le gouvernement de 235000 emplois créés correspond en fait à 75000 équivalents temps plein et dénonce la précarité et la sous qualification de ces emplois :

“Le secteur des services à la personne étant, avec ou sans plan public, fortement créateur d’emplois, le problème central porte dès lors plutôt sur la nature et la qualité des emplois dans ce secteur. Ceux-ci sont en effet à temps très partiels : 12 heures par semaine, contre 23 heures en moyenne pour l’emploi à temps partiel dans son ensemble. De plus, les salariés de ce secteur sont dans 80 % des cas employés de gré à gré et n’ont de ce fait pas accès à la formation, aux contrôles médicaux, à ceux de l’Inspection du travail ou à la médiation syndicale en cas de litige du travail.”

Pire, selon Alternatives Economiques qui s’appuie sur le rapport 2008 du CERC (Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale), l’aide massive de l’état dans le cadre du plan Borloo coûte au contribuable 4 milliards d’euros par an.

Le travail intérimaire concerne nombre de jeunes qui cherchent ainsi à entrer sur le marché du travail ; ils sont les plus touchés par la récession actuelle et leur précarisation risque d’être durable. Les services à la personne concernent nombre de femmes et, plus généralement, de personnes ayant déjà une expérience professionnelle qui, les unes comme les autres, sont sorties pour diverses raisons du marché du travail et risquent de ne trouver là qu’une entrée de service ou, pire, une voie de garage.

@Lire :

L’emploi intérimaire au quatrième trimestre 2008 : un recul sans précédent de l’intérim, Premières Informations, DARES, avril 2009, n°18.4.

Le plan “services à la personne” : quel bilan ?, Clair & net, OFCE, 28 avril 2008.

Les services à la personne, CERC, rapport n°8, 2008.

2 Comments »

  1. Sylvaine Said,

    May 7, 2009 @ 11:12 am

    Très intéressant!
    Je viens de voir le cas d’une jeune femme que je connais, employée dans une petite société de services à la personne, avec un contrat de 36h par mois (mais rémunéré au nombre d’heures réellement effectuées, soit bien moins) assorti d’une clause d’exclusivité qui interdit à cette personne d’aller travailler ailleurs!

  2. Coltrane Said,

    May 7, 2009 @ 11:40 am

    Oui, c’est désolant : dans ce type de “contrat” une grande place est laissée à l’arbitraire et donc aux abus de toutes sortes. Bien souvent également le recours à l’inspection du travail n’est même pas possible.

Leave a Comment

Uses wordpress plugins developed by www.wpdevelop.com