Au moment où le C.V. anonyme revient sur le devant de la scène, les questions récurrentes sur les discriminations à l’embauche reprennent tout leur sens et frappent par leur gravité et leur complexité.
La volonté de légiférer, ou de règlementer, peut apporter quelques solutions mais il est à craindre qu’elle ne suffise pas à modifier sensiblement et durablement les représentations et les préjugés. Ainsi, le C.V. anonyme, même imposé par une loi ou un règlement, ne peut à lui seul éradiquer les pratiques discriminatoires : les recruteurs eux-mêmes le reconnaissent volontiers, si l’élimination des candidatures jugées indésirables ne peut plus se faire à la réception des C.V., elle se fera lors de l’entretien et il sera toujours aussi difficile pour le candidat rejeté d’établir qu’il y a bien eu discrimination.
Dans ce contexte, les initiatives des recruteurs sont à considérer avec attention surtout lorsqu’elles ne se limitent pas à de bonnes intentions mais proposent de réelles avancées éthiques. La charte “réseaux sociaux, Internet, vie privée et recrutement” de l’association A compétences égales présente un intérêt majeur, elle est signée par 40 cabinets de recrutement regroupant plus de 800 consultants soit la moitié au moins des professionnels français du domaine.

Lorsqu’on est attentif à l’actualité du recrutement, l’importance de l’utilisation abusive des réseaux sociaux par des employeurs potentiels ne laisse pas de doute : une récente étude montrait qu’aux Etats-Unis plus d’un employeur sur trois renonçait à un recrutement après consultation du profil du candidat sur Facebook. Si, en France, le problème paraît moins répandu il n’en est pas moins crucial comme l’indique Xavier Desfeuillet, directeur de l’agence de “e-réputation” Hington & Klarsey, lors d’un chat organisé par le journal Le Monde :
“La majorité des personnes qui embauchent consultent naturellement les informations disponibles sur Internet relatives à un candidat. Pour ce qui est de l’embauche des cadres, c’est quasiment 100 % des candidats qui font l’objet de ces recherches. Si des tiers contournent des systèmes par l’exploitation de failles logicielles pour obtenir des données, ils se mettent hors la loi. Mais je ne pense pas que la plupart des employeurs opèrent de la sorte, bien heureusement. Il s’agit sûrement d’une très petite minorité qui n’est pas représentative de cette profession.”
Plus qu’un C.V. anonyme, l’engagement des recruteurs à respecter des règles simples mais strictes et la prudence des candidats dans la gestion de leur identité numérique paraissent mieux à même de garantir un recrutement centré sur les compétences et les qualifications.
@Consulter :
La charte réseaux sociaux, Internet, vie privée et recrutement
Le guide A compétence égale : “Comment recruter sans discriminer” destiné aux professionnels du recrutement, 130 pages, 15 euros.
Le script du chat organisé par Le Monde : “Presque tous les employeurs consultent le profil Internet des candidats à l’embauche”
@Visiter :
Le site A compétence égale