C’est un petit livre, 70 pages, qui connaît un succès tout à fait honorable en libraire. Et pourtant il traite d’un sujet un rien rébarbatif dont, au surplus, on nous rebat les oreilles depuis plus de trois ans, la crise économique et financière.
Le Manifeste d’économistes atterrés cherche à tordre le cou à quelques fausses évidences, 10 au total, que les auteurs récusent fermement parce qu’ils sont atterrés de constater que, pour reprendre la phrase qui ouvre l’ouvrage, “la crise économique et financière qui a ébranlé le monde en 2007 et 2008 ne semble pas avoir affaibli la domination des schémas de pensée qui orientent les politiques économiques depuis 30 ans”.
Au nombre de ces fausses évidences figurent en bonne place les idées selon lesquelles les marchés financiers sont efficients et qu’ils favorisent la croissance économique, mais j’ai retenu en particulier la cinquième des idées reçues dénoncées par les auteurs : “il faut réduire les dépenses pour réduire la dette publique”.
Ainsi, la France et plus largement les pays de la zone euro crouleraient bientôt – déjà – sous une dette publique colossale du fait de dépenses sociales inconsidérées. La seule solution serait alors, comme le ferait un ménage raisonnable, de réduire ces dépenses.
Première contre-vérité dénoncée par les auteurs, la dette publique est avant tout liée à la crise elle-même plus qu’aux dépenses sociales.
“Le déficit public moyen dans la zone euro n’était que de 0,6% du PIB en 2007, mais la crise l’a fait passer à 7% en 2010.”
Deuxième erreur, l’économie mondiale ne fonctionne pas comme le budget d’un ménage, elle répond à des règles beaucoup plus complexes.
“La dynamique de la dette dépend en toute généralité de plusieurs facteurs : le niveau des déficits primaires, mais aussi l’écart entre le taux d’intérêt et le taux de croissance nominal de l’économie”.
Au final, le raisonnement s’effondre car, tant à court terme qu’à plus long terme, les dépenses publiques servent de stabilisateur, qui limite les récessions, et de stimulateur, qui favorise la croissance.
Chaque fausse évidence est ainsi démontée, éventée, avant que quelques propositions soient formulées qui ne sont pas des solutions mais plutôt des manières plus réalistes, plus concrètes, d’exposer les problématiques que les économies développées doivent affronter.
Ils sont en tout 630 économistes à avoir signé ce manifeste dont la lecture, rapide, remet salutairement quelques idées en place.
@Lire :
Manifeste d’économistes atterrés, Ed. Les liens qui libèrent, Paris, 2010, 70 p., 5,50 euros
@Visiter :
Le site des Economistes atterrés